Ce qu’un gouvernement peut faire avec sa propre banque: Le modèle remarquable de la « Commonwealth Bank of Australia »

L’article « WHAT A GOVERNMENT CAN DO WITH ITS OWN BANK: THE REMARKABLE MODEL OF THE COMMONWEALTH BANK OF AUSTRALIA » écrit par Ellen Brown, article traduit par Gérard Marcadé

Virg Bernero, le maire de Lansing au Michigan qui vient de remporter l’investiture démocrate au poste de gouverneur de son état, veut qu’une banque appartenant à l’état du Michigan soit vraiment possible. Bernero fait partie de plus d’une douzaine de partisans à promouvoir cette solution pour résoudre les soucis économiques que rencontrent les états. Cette idée novatrice a un précédent aux Etats-Unis. Le Dakota du Nord, qui est le seul état à l’heure actuelle à posséder sa propre banque, se trouve également être le seul Etat à avoir un excédent budgétaire et possède le taux de chômage le moins élevé des Etats-Unis. Mais les sceptiques disent qu’il n’y a pas de lien. Il leur faut plus de preuves et heureusement il y a eu d’autres précédents à l’étranger.

L’un des plus spectaculaires est la « Commonwealth Bank » d’Australie », qui a très bien fonctionné comme banque publique pendant presque toute la durée du 20è siècle, jusqu’à ce qu’elle soit privatisée dans les années 1990. Les fondateurs de la « Commonwealth Bank » ont démontré qu’une banque sans aucun capital appartenant à l’état peut réaliser des prêts. Denison Miller, le premier gouverneur de la banque, avait coutume de dire que la Banque n’a pas besoin de capitaux parce qu’ « elle s’appuie sur le crédit et la richesse du pays tout entier. »

Les réalisations de la « Commonwealth Bank » sont tout à fait remarquables si l’on considère que pendant les huit premières années, c’est-à-dire de 1912 à 1920, elle n’avait pas la possibilité de créer de monnaie, contrairement à la Réserve Fédérale américaine qui l’a acquise en 1913. La « Commonwealth Bank » était donc dans la même situation qu’un état américain ou un pays de la communauté européenne (pensez à la Grèce par exemple), qui n’a pas le pouvoir de créer sa propre monnaie. Fonctionnant sans ce pouvoir et sans capital de départ, la « Commonwealth Bank » a réalisé des grands projets d’infrastructure et a engagé le pays dans la première guerre mondiale. Selon David Kidd, qui a écrit un article en 2001 intitulé How Money Is Created in Australia (Comment l’argent est-il créé en Australie ?):

« La « Commonwealth Bank » d’Australie établie par le gouvernement lui-même a eu des succès impressionnants alors qu’elle était une banque publique, avant d’être paralysée par des décisions gouvernementales et plus tard finalement vendu. A une époque où les banques privées prêtaient à 6% d’intérêts, la « Commonwealth Bank » a financé l’effort de guerre de l’Australie de 1914 à 1919 à l’aide d’un prêt de 700 millions de dollars à un taux d’intérêt inférieur à 1%, économisant aux australiens 12 millions de dollars de frais bancaires. En 1916, elle a libéré des fonds à Londres pour l’achat de 15 bateaux de fret à vapeur pour soutenir le commerce à l’export en pleine croissance de l’Australie. Jusqu’en 1924 les bénéfices affluaient au profit des australiens de façon constante. Elle a financé des productions de fruits jusqu’à concurrence de 3 millions de dollars, des maisons particulières pour 8 millions tout en prêtant pour 18,72 millions de dollars aux institutions gouvernementales du pays pour la construction de routes, de tramways, de ports, d’usines de gaz et de centrales électriques. Elle a payé 6,194 millions de dollars au gouvernement du Commonwealth entre décembre 1920 et juin 1923 – les bénéfices de son département d’émission de billets – alors qu’en 1924 avec ses autres activités elle avait fait un bénéfice de 9 millions de dollars, utilisé pour le remboursement de la dette. Le gouverneur indépendant de la banque, Sir Denison Miller, a utilisé la possibilité de crédit de la banque après la première guerre mondiale et ainsi à épargner les australiens de la dépression qui sévissait dans les autres pays. En 1931, les fusions avec d’autres banques ont fait de la « Commonwealth Bank » la plus grande institution d’épargne en Australie, représentant 60% de l’épargne du pays. »

 Exploitation du pouvoir du secret de la banque pour le bien public

Grâce à son premier gouverneur, Denison Miller, et son premier disciple, King O’Malley, la « Commonwealth Bank » a été capable de réaliser tellement de choses avec si peu. Tous deux étaient eux-mêmes banquiers et connaissaient le secret de la banque, c’est-à-dire les banques créent l’argent qu’elles prêtent simplement en créditant les comptes des emprunteurs.

Ce secret de la banque a été confirmé par un grand nombre de banquiers initiés. Dans un article paru en 1998 intitulé Manufacturing Money, l’économiste australien Mike Mansfield a cité l’ancien chancelier du l’Echiquier (le ministre du gouvernement du Royaume-Uni chargé des finances et du trésor), Rt. Hon. Reginald McKenna, qui a dit aux actionnaires de  la « Midland Bank » le 25 janvier 1924, « Je crains que le citoyen ordinaire n’aimerait pas qu’on lui dise que les banques peuvent créer et détruire la monnaie. La masse monétaire ne varie que par la volonté des banques en augmentant ou en diminuant les dépôts et les achats bancaires. On sait comment ça marche. Chaque prêt, découvert ou achat bancaire crée un dépôt à la banque. Chaque remboursement d’un prêt ou remboursement d’un découvert supprime un dépôt. »

Dr Coombs, ancien gouverneur de la « Reserve Bank » d’Australie, a dit lors d’une allocution à l’université du Queensland le 15 septembre 1954, « Lorsque l’argent est prêté par une banque il passe entre les mains de la personne qui l’emprunte, sans que quiconque ait moins d’argent sur son compte. Pourtant la banque prête bien l’argent. Il y a donc une augmentation de la masse monétaire ».

Ralph Hawtrey, sous-secrétaire adjoint au Trésor britannique dans les années 1930, a écrit dans Trade Depression and the Way Out, « Quand une banque prête, elle crée de l’argent à partir de rien. » Dans son livre The Art of Central Banking, Hawtrey s’étend sur cette déclaration en écrivant: « Quand une banque prête, elle crédite de l’argent sur un compte. Contre son avance de crédit elle inscrit l’équivalent parmi ses actifs et il y a un dépôt ajouté à son passif. Par contre les autres prêteurs n’ont pas ce pouvoir mystique de créer des moyens de paiement à partir de rien. Ce qu’ils prêtent ne peut être que de l’argent gagner grâce à leurs activités économiques ? »

Les banques peuvent faire ce que personne d’autre ne peut faire : « créer des moyens de paiement à partir de rien. » Les fondateurs clairvoyants de la « Commonwealth Bank » ont exploité ce pouvoir de la banque gardé secret cette fois pour servir l’intérêt public.

L’effondrement de la Banque en 1893 donne naissance à un nouveau modèle bancaire public

La « Commonwealth Bank » a été créée dans des conditions semblables à celles qui prévalent aujourd’hui: le pays venait de subir un effondrement bancaire massif. Cependant, dans les années 1890, il n’y avait ni assurance de la FDIC (la Federal Deposit Insurance Corporation est une agence fédérale américaine dont la principale responsabilité est de garantir les dépôts bancaires faits aux États-Unis), ni de sécurité sociale, ni d’assurance chômage pour amortir le choc. Les gens qui pensaient se sentir à l’aise se sont retrouvés brusquement sans rien. Ils ne pouvaient ni retirer de l’argent, ni payer par chèque, ni vendre leurs biens ou leur maison puisqu’il n’y avait plus d’argent en circulation pour acheter. Les désespérés sautaient d’un pont ou se jetaient sous un train. On devait faire quelque chose.

La réponse du gouvernement travailliste a été de voter une loi en 1911 comprenant une provision pour une banque publique qui serait garantie par les actifs du gouvernement. Dans un geste rare pour l’époque, la banque était à la fois une banque d’épargne et une banque commerciale généraliste. C’était aussi la première à recevoir une garantie de la part du gouvernement fédéral.

Jack Lang a été trésorier de l’Australie dans le gouvernement travailliste de 1920 à 1921 et le premier ministre de la province de la Nouvelle Galle du Sud pendant la grande dépression. Personnage controversé, il a été relevé de ses fonctions après avoir refusé des prêts envers les banquiers de Londres. Dans le livre de McNamara paru en 1962 intitulé The Great Bust: The Depression of the Thirties, Lang décrit les triomphes de la « Commonwealth Bank » ainsi que les tribulations dans des détails révélateurs. Il a écrit :

« Le parti travailliste a décidé que la Banque nationale, s’appuyant sur les actifs du gouvernement, n’échouerait pas en période de crise financière. On s’est également rendu compte que cette banque serait une garantie que l’argent ne manquerait pas pour la construction immobilière et pour bien d’autres besoins. Après l’effondrement du secteur du bâtiment, il y avait une telle pénurie d’argent pour investir dans l’immobilier.

… Le défenseur en chef de la cause de la « Commonwealth Bank » était King O’Malley, un canado-américain… Avant d’arriver en Australie, il avait travaillé dans une petite banque de New York, appartenant à un oncle… Il avait été très impressionné par la façon dont son oncle avait créé le crédit. Une banque pouvait créer le crédit et en même temps créer l’équivalent en débit. Ce fut la plus grande découverte de sa carrière à la banque. C’était un showman né. Il était impatient d’essayer cela à grande échelle. Il a commencé sa carrière politique dans le Sud de l’Australie en faisant la promotion d’une banque commerciale d’état. En 1901, il entra dans le premier parlement fédéral en tant qu’homme à faire pression pour créer la « Commonwealth Bank » et a rejoint le parti travailliste dans ce but. »

King O’Malley a insisté pour que la « Commonwealth Bank » ait le contrôle de l’émission de ses propres billets de banque, mais il a failli sur ce point jusqu’en 1920, moment où la banque a récupérer l’émission de la monnaie nationale, tout comme la Réserve fédérale américaine en a eu l’autorisation dès sa création en 1913. Ceci a marqué le début des pouvoirs de la « Commonwealth Bank » en tant que banque centrale. En fait, elle possédait déjà ces pouvoirs auparavant puisque qu’elle pouvait financer les travaux d’infrastructure et la défense nationale à grande échelle. En plus, elle l’a fait sans capital de départ. Elle doit ces réalisations ont été principalement à la perspicacité et à l’audace de Denison Miller, premier gouverneur de la Banque.

Les autres banquiers, craignant la concurrence, ont cru qu’en mettant comme gouverneur de la banque un des leurs, ils pourraient avoir la main dessus. Mais ils n’ont pas su de tenir compte de l’indépendance du personnage qu’ils avaient désigné. Celui-ci a vu l’opportunité que procurait une banque soutenue par le gouvernement et s’est fixé comme objectif de créer la plus belle institution que le pays n’ait jamais connue. Lang raconte l’histoire ainsi:

« Le premier test est survenu lorsqu’il a fallu prendre une décision concernant le capital de départ pour une banque de cette envergure. En vertu de la loi, la « Commonwealth Bank » avait le droit d’émettre et de vendre des obligations jusqu’à 1 million de dollars. Certains ont même pensé que le montant des capitaux était insuffisant, compte tenu de ce qui s’était passé en 1893…

Quand Denison Miller a entendu ça, il a répondu qu’il n’y avait nullement besoin de capital. »

Miller se méfiait des politiciens à propos de l’argent. Il pouvait se passer de capital. Comme King O’Malley, il savait comment fonctionnait les banques. (Bien sûr, les exigences de l’époque étaient bien différentes de celles imposées à l’heure actuelle par la banque des banques centrales, la BIS (la Banque des règlements internationaux). Lang a continué à raconter ainsi:

« Miller était le seul employé. Il a trouvé un petit bureau… et a demandé au Trésor une avance de 10000 dollars. C’est probablement la première et dernière fois que le Commonwealth a prêté de l’argent à la banque. Ensuite, tous les prêts ont eu lieu dans le sens opposé.

… Courant janvier 1913, Miller a pris des dispositions pour ouvrir une agence dans tous les pays du Commonwealth y compris à Londres… Le 20 janvier 1913, il a fait un discours au cours duquel il a déclaré ouverte aux affaires la nouvelle « Commonwealth Bank ». Il a dit:

« Cette banque a démarré sans capital, d’ailleurs aujourd’hui rien exige d’en avoir. De toute façon la banque est garantie par la richesse du pays tout entier. »

La charte de la banque reposait sur ces mots tout simples. C’était le credo que Denison Miller ne cessait de répéter. Il promettait d’une part de fournir des installations pour accroître les ressources propres du pays et d’autre part que la banque serait à tout moment la banque du peuple. « Il y a des chances que la banque devienne une des plus grandes banques du monde » a-t-il ajouté d’une manière prophétique.

… Lentement il apparaissait que les banques privées n’avaient pas parié sur le bon cheval. Elles se sont tellement focalisées sur les risques d’avoir une banque socialiste qu’elles ne voyaient pas qu’elles avaient encore plus à craindre de la concurrence d’une banque adossée à la richesse du pays tout entier.

… Une des premières manifestations de sa vitalité est apparue lorsque le conseil du travail de Melbourne est allé sur les marchés financiers pour racheter des anciens prêts et pour lever des nouveaux fonds. Jusque là, en dehors des bons du Trésor et des avances faites par leurs propres caisses d’épargne, les gouvernements dépendaient uniquement des prêts venant directement de Londres… En plus des frais de souscription excessifs, le mieux qu’ils pouvaient espérer serait de 1 million à 4% d’intérêts (à 97,5  Net).

Les banquiers privés ont alors décidé de venir voir Denison Miller qui avait promis d’offrir des conditions particulières pour de telles opérations. Il a immédiatement offert de prêter 3 millions à un taux d’intérêts de 4% (à 95 net). Ils ont accepté l’offre en demandant Où cette banque toute jeune avait levé les fonds. Miller a répondu, « Sur le crédit de la nation qui est illimité. »

Un autre test s’est produit en 1914 au moment de la première guerre mondiale :

« Comme première réaction, les gens pourraient se ruer vers les banques pour retirer leur argent. Les banques ont réalisé qu’elles étaient toujours vulnérables si cela arrivait. Elles avaient toujours peur d’un nouveau jeudi noir.

Les principaux banquiers se sont réunis dans l’urgence. Certains disaient que la ruée avait déjà commencé. Au nom du « Commonwealth » Denison Miller a annoncé que la « Commonwealth Bank » viendrait au secours de n’importe quelle banque en difficultés… Ce qui a stoppé la panique. Miller a été mis sur un piédestal.

Denison Miller… était pratiquement au contrôle des finances de la guerre. Le gouvernement ne savait pas comment cela allait se passer mais Miller l’a fait. »

Et l’histoire continue. Miller est mort en 1923 et l’année suivante les banquiers se sont à nouveau emparés du contrôle de la banque en étouffant les activités de la « Commonwealth Bank » ainsi qu’en l’empêchant de sauver les australiens des ravages de la crise de 1929. En 1931, le conseil de la banque et le gouvernement travailliste de James Scullin sont entrés en conflit. Le président de la Banque augmentait les crédits pour juguler la crise que si le gouvernement réduisait les pensions. Scullin a refusé de le faire. Le conflit autour de cette question a conduit à faire tomber le gouvernement d’une part. Il a balayé les demandes du parti travailliste pour une réforme de la banque et un contrôle accru du gouvernement de la politique monétaire d’autre part. 

Au moment de la politique d’urgence de la 2ème guerre mondiale, la « Commonwealth Bank » a obtenu presque tous les pouvoirs d’une banque centrale. Après la guerre, elle a utilisé ces pouvoirs pour commencer une expansion économique spectaculaire. En tout juste cinq ans, le gouvernement a divisé en deux la banque en attribuant la fonction de banque centrale à la « Reserve Bank » d’Australie et en gardant les fonctions de banque commerciale au sein de la « Commonwealth Bank Corporation ». Toutefois, les deux banques sont restées publiques.  

La « Commonwealth Bank » avait des succursales dans toutes les villes et banlieues ; et dans la brousse, elle avait une agence dans chaque bureau de poste et commerce de campagne. Comme elle était la plus grande banque, elle imposait ses taux et faisait sa loi. De peur de perdre des clients, les autres banques suivaient. Elle était largement perçue comme la banque qui protégeait des abus des banques commerciales. Elle a appartenu à l’état jusqu’en 1990, moment où elle a été privatisée. La maximisation des profits est devenu son objectif principal. Ce qui a été accompagné par de nombreuses fermetures de bureaux, de licenciements  de personnel, de réductions du nombre de guichets automatiques et enfin de réductions de la possibilité de retrait aux caisses des supermarchés. Maintenant, elle est devenue toute simplement une partie du cartel de banques privées. Bien que les partisans de la banque disaient qu’elle était l’élément vital du pays.

Aujourd’hui, il y a un regain d’intérêt pour faire revivre une banque publique en Australie sur le modèle de la « Commonwealth Bank ». Les Etats-Unis ainsi que bien d’autres pas devraient aussi prendre en compte cette possibilité. Sous l’autorité d’un homme honnête, Denison Miller, la « Commonwealth Bank » a servi brillamment l’Australie pendant ses 11 premières années. Quand il est décédé en 1923, la banque a été mise dans les mains d’un conseil d’hommes d’affaires plus intéressés à servir leurs propres intérêts que celui de la nation. Tout projet de loi devrait être accompagné par un contrôle minutieux de ses responsables. Les lois devraient être édictées de façon à éviter que cela se reproduise.

Remerciements tout particuliers à Peter Myers pour avoir repris des pans entiers du livre de Jack Lang dans son bulletin hebdomadaire.

Ellen Brown est l’auteure de « The Web of Debt » ainsi que de dix autres livres. « The Web of Debt » est en cours de traduction.

4 Responses

  1. [...] Ce qu’un gouvernement peut faire avec sa propre banque: Le modèle remarquable de la « Common… [...]

  2. Thank you Ellen!
    The article is also on Franco-italian Web site Bellaciao
    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article105898

  3. Merci. Excellent article très bien traduit.

    • Thanks! It wasn’t translated by me. I’ll notify the translator.

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